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Mathilde Lemoine (PhD)

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@mathildelemoine

Chef Economiste Groupe | Directeur de la Recherche Economique | Global Strategy | Transformation | Board member

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Mathilde Lemoine (PhD)

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⚖️ Accord États-Unis-Union européenne : un faible coût apparent qui masque un choc sectoriel dramatique pour la cohésion économique et sociale   Quand on fait tourner les modèles, la hausse des droits de douane de 15% sur les exportations européennes aux États-Unis semble avoir un impact limité. 👉 Mais cela masque une redistribution sectorielle potentiellement dramatique, en particulier pour les filières agroalimentaires.   Selon nos calculs réalisés à partir du modèle GTAP, les exportations européennes vers les États-Unis baisseraient de 7% seulement. Ce résultat s’explique : - Parce que la Commission a obtenu que les droits de douane de 15% soient un taux maximal unique, intégrant les droits existants (NPF), - Parce que ce tarif est plus faible que les droits de douane « réciproques » imposés des pays comme Canada, le Brésil, l’Inde ou la Suisse. Résultat, la compétitivité des exportateurs européens aux États-Unis s’est améliorée par rapport à ces exportateurs.   A titre de comparaison : si les importations américaines des autres pays étaient restées taxées à 10% -sauf la Chine toujours à 55%-, la chute des exportations européennes aurait atteint 20%.   Mais derrière ce faible coût macroéconomique , les pertes sectorielles pourraient s’avérer dramatiques. Quelques exemples :   ✅ -50% pour les exportations de bétail et cultures  ✅ -65% pour les métaux ✅ -22% pour la chimie ✅ -16% pour les machines et équipements   Surtout, l’Union européenne a concédé une augmentation des quotas en franchise de droits de douane et la baisse des droits de douane sur une multitude de produits agricoles, de la pêche et transformés. Fruits et légumes frais, secs et transformés, graines, pommes de terre, produits laitiers, viandes préparées, porcs, crevettes, saumons et seiches, nourriture animale… américains risquent de déstabiliser des filières entières. L’Espagne, les Pays-Bas et la France sont en première ligne.    ▶️ L’enjeu : soutenir les filières sacrifiées tout en profitant du nouvel avantage comparatif conféré par le relèvement des droits de douane des autres partenaires des États-Unis   C’est seulement à cette condition que les conséquences macroéconomiques seront limitées. Retrouvez ma chronique complète dans Les Echos : https://lnkd.in/exbGTCZ9
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Fière d’avoir contribué à la Revue de la communauté polytechnicienne, La Jaune et la Rouge, consacré à la réindustrialisation ! Nous sommes à un tournant géoéconomique qui nous oblige à repenser notre stratégie industrielle avec nos partenaires européens.   La réindustrialisation ne peut se réfléchir sans tenir compte de l’environnement économique international. Or il se reconfigure autour de trois axes majeurs : la guerre technologique et commerciale entre les États-Unis et la Chine, la souveraineté et le développement économique de l’axe transpacifique hors Chine.   Après une série de crises, les Etats-Unis reviennent en force grâce à des politiques ambitieuses en assurant leur influence dans les technologies de pointe. Elles sont complétées par mesures coercitives, les restrictions à l’importation ou encore les contrôles des exportations de produits sensibles…    La Chine, elle, poursuit son objectif d’hégémonie économique, catalysée par une croissance rapide. Pour nos partenaires commerciaux, la puissance politique ne s’envisage pas sans puissance économique. Et la sécurité économique est essentielle à la sécurité nationale.   Cette reconfiguration du système économique mondiale heurte la politique économique européenne et française, qui reste fortement exportatrice, mais dont les avancées technologiques ne sont pas adaptées au XXIe siècle. De plus, l’Europe privilégie une stratégie défensive, limitant sa compétitivité dans des secteurs stratégiques comme l’électronique, l’IA, les biotechnologies...    Si l'UE reste une puissance commerciale grâce à sa domination au siècle dernier dans des secteurs clés comme l’automobile, la pharmacie et l’agroalimentaire, elle est quasi absente des secteurs clés du XXIe siècle. Pour être moins dépendante du reste du monde qui lui-même défend sa souveraineté, la France doit impérativement investir massivement dans ses infrastructures et technologies de rupture, tout en établissant une vision claire de ses priorités.   Cela passe par des investissements publics dans les secteurs de l’énergie, essentiels à la compétitivité de l’industrie. Mais aussi par des mesures d’amortissement accéléré afin de permettre à l’industrie de rajeunir son stock de capital, source de rentabilité des investissements, et de faire croître ses investissements intangibles. Autre mesure envisageable : faciliter le passage des salariés entre les secteurs en développant le « projet de transition professionnel », ce que nous avions proposé avec Etienne Wasmer en… 2010 !    Pour lire mon article, c'est ici : https://lnkd.in/eBSgTuQ2   Pour lire le dossier complet (deux articles sont disponibles sans abonnement !) : https://lnkd.in/eBsRgRUn   Merci Alix Verdet et Thomas Courbe !
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L'Europe a-t-elle encore un espace stratégique ? Oui, mais arrêtons de confondre court terme et moyen terme ! Si j’ai accepté de participer à la 20e édition de l'événement Les Etats de la France, c’est pour démonter une réalité économique trop souvent ignorée : l'affaiblissement de l'Europe est une question d'investissement immédiat, pas seulement de stratégies à 2030. Les grandes annonces de souveraineté ne suffiront pas. Il faut regarder les faits : ▶️ Non, l’autonomie en semi-conducteurs ne résoudra pas dans les prochains trimestres le déficit d’investissement productif observé depuis 2010. ▶️ Non les grandes stratégies industrielles à horizon 2030, aussi structurantes soient-elles, ne compenseront pas les 15% de recul des Investissements directs étrangers (IDE) en 2024-2025 en Europe tant que l’instabilité réglementaire continuera d’alimenter l’attentisme des entreprises et des consommateurs. ▶️ Non, la transition énergétique ne restaurera pas la compétitivité si les entreprises continuent de reporter leurs dépenses en capital. ▶️ Non, les plans IA ne garantiront pas sa diffusion au sein des entreprises. ▶️ Non, les dispositifs de formation ne sont pas adaptés aux bouleversements technologiques actuels et ne contribuent que marginalement à la réduction des inégalités. ▶️ Non, la défragmentation des marchés de capitaux n'aidera pas à financer les politiques de souveraineté sans une perspective de rendement décente. ▶️ Non, la promesse d’une Europe souveraine n’inversera pas sa trajectoire d’affaiblissement si la réalité microéconomique reste celle d’un appareil productif qui s’use plus vite qu’il se modernise. Le dilemme est simple : sans accumulation de capital maintenant, il n’y aura pas de souveraineté demain. À court terme, il n’y a qu’une seule réponse, éprouvée par les États-Unis, la Corée, le Japon et l'Allemagne : un sursaut d’investissement massif soutenu par un dispositif d’amortissement accéléré. Pourquoi l'Europe continentale (hors Allemagne) hésite-t-elle à utiliser cet instrument qui réactive l'investissement, par crainte d'un coût budgétaire ex post ? À moyen terme, bien sûr, les stratégies industrielles et technologiques comptent. Mais elles resteront théoriques et circonscrites tant que les perspectives de rendement ne seront pas restaurées par un "big push" d'investissement immédiat, y compris dans la formation. La croissance est un instrument de souveraineté. Nous ne pouvons pas nous affranchir des réalités microéconomiques. L'Europe a besoin d'un signal de court terme fort pour réactiver l'investissement et le capital, avant que les stratégies à long terme ne deviennent caduques. Nous devons agir sur la réalité microéconomique si nous voulons que la promesse d’une Europe souveraine devienne réelle et soutenable. Merci à Jean-Roch Varon et aux Etats de la France pour l'invitation à ce débat et ces échanges stimulants avec Charles Rodwell, Christian Auboyneau et Thomas Courbe.
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11mo

L’Europe est en train de perdre la guerre commerciale sans même l’avoir déclarée. ✅ Alors que les États-Unis taxent les produits chinois, l’Union européenne devient leur point de chute privilégié. Et ce ne sont plus des biens peu élaborés technologiquement, mais des véhicules électriques, des batteries ou encore des panneaux solaires qui arrivent massivement sur notre marché. ✅ Depuis 2017, les importations européennes en provenance de Chine ont augmenté de 54 %, contre une baisse de 13 % côté américain. Cette dynamique reflète le succès du plan Made in China 2025, qui a permis à la Chine de réorienter sa spécialisation vers les véhicules électriques, les batteries au lithium et les panneaux solaires, au détriment des industriels européens. ✅ Les indices de similarité montrent que 55% des produits européens sont désormais semblables aux produits chinois contre 45% des produits américains. L’Europe devient la région développée la plus exposée au redéploiement stratégique des exportations chinoises sur son marché et sur les marchés tiers. ✅ Face à cette évolution, l’UE doit faire un choix clair : soit accepter l’entrée massive de véhicules chinois à bas prix au nom du pouvoir d’achat et de la transition énergétique, soit négocier des quotas d’importation en contrepartie d’engagements industriels sur le sol européen, à l’image de ce que les États-Unis ont fait avec le Japon en 1981. ✅ Certes les quotas ne sont pas l’instrument optimal du point de vue théorique mais l'appréciation de l’euro de 12% vis-à-vis de la monnaie chinoise et l’urgence de la situation plaident pour une telle solution. La Commission européenne pourrait également négocier en retour un plus grand accès au marché chinois pour les produits pharmaceutiques, les boissons, les produits chimiques et matériels de transport très dépendant du marché américain. Dans les deux cas, il faudra arbitrer entre pouvoir d'achat et emploi à court terme ! ▶️ Retrouvez ma dernière chronique dans Les Echos : https://lnkd.in/ePykdkN8
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16mo

Cette semaine, tout le monde parle d’IA. Mais est-ce que cette fois-ci les travailleurs seront accompagnés correctement face à cette nouvelle révolution ? Auront-ils une visibilité sur les bénéfices éventuels de leurs investissements mis à part sauver leur job ? L’IA sera un moteur de croissance à condition d’investir dans la formation, préalable à la diffusion des innovations. L’adoption de l’Intelligence artificielle ne se résume pas au financement des infrastructures et des data centers. Sa diffusion repose sur les compétences des travailleurs et sur un partage équilibré des gains de productivité éventuels. Malgré les innombrables réformes de la formation professionnelle française et les discours incantatoires, la formation continue reste trop inégalitaire. Le taux d'accès des diplômés est de 74 % des diplômés, contre seulement 22 % des non-diplômés selon l'INSEE. Trop courte, souvent limitée aux grandes entreprises, la formation continue ne permet pas une adaptation efficace aux mutations du marché du travail. Pendant ce temps, les compétences en littératie et numératie des travailleurs français continuent de se dégrader. Les entreprises attendent un retour sur investissement. Les travailleurs aussi. Il est temps d’aller au-delà des réformes inefficaces en : ✅ Facilitant l’accès à des formations généralistes et ouvertes à tous, sur tout le territoire, sur le modèle des ateliers numériques ✅ Encourageant des crédits d'impôt pour financer les formations (y compris le temps passé) non directement liées à l'emploi du salarié au-delà du CPF ✅ Intégrant un véritable dialogue social sur la répartition des bénéfices liés aux gains de productivité attendus de l'IA, avec le dial-IA porté par l'IRES L’IA a le potentiel d’améliorer notre faible croissance et de réduire les inégalités. Mais sans un effort massif sur l'accès aux formation, son adoption restera limitée et inégalitaire ! Retrouvez ma chronique dans Les Echos cette semaine. Jacky FAYOLLE Gaby BONNAND
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Quand allons-nous comprendre que la politique énergétique n’est pas un sujet technique périphérique mais une composante à part entière de la politique industrielle ? Et aussi une condition de crédibilité de l’autonomie stratégique affichée par les États membres. Depuis fin février, le prix du gaz européen a augmenté de près de 60% après avoir doublé contrairement aux prix du gaz en Asie et aux États-Unis. La réaction reste la même qu’en 2022 : minimiser le risque et soutenir prioritairement la consommation des ménages. Or une hausse du prix du gaz, c’est un choc d’offre qui détruit des capacités de production industrielle. Cette réalité se lit déjà dans les chiffres de 2025 : ▶️ La production industrielle de la zone euro est inférieure à son niveau de 2022. ▶️ À l’inverse, elle est plus élevée aux États-Unis, au Brésil, en Corée du Sud, en Suisse ou en Chine. ▶️ Les secteurs les plus dépendants du gaz comme la chimie et les métaux ont fortement reculé. ▶️ Les importations de biens intermédiaires auparavant produits en Europe ont augmenté. Ce recul de la production en zone euro traduit une dégradation des capacités productives et une perte de compétitivité des entreprises européennes. À moyen terme, cela signifie donc un PIB par habitant plus faible, un pouvoir d’achat durablement plus faible. La préservation des revenus à court terme a donc fini par les diminuer en engendrant un effet d’éviction au détriment des entreprises. Face à la nouvelle flambée des prix du gaz, la priorité devrait être double : 1️⃣ D’abord, préserver la capacité productive. La part du gaz dans la consommation finale d’énergie de l’industrie reste élevée (34% en moyenne en zone euro, 42% en Espagne et en Italie et 36% en France) 2️⃣ Accélérer les investissements d’efficacité énergétique. Les outils existent : des crédits d’impôts ciblés, des financements dédiés, y compris via un meilleur usage des ressources de NextGen EU encore loin d’être pleinement mobilisées. La réduction de la dépendance énergétique européenne, parmi les plus élevées au monde, doit accélérer. Retrouvez ma dernière chronique dans Les Echos !
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Grande interview menée par Agnès Farrugia et parue dans la rubrique Le Mag éco Nice-Matin ! Les thèmes : les enjeux économiques qui façonneront l’avenir de l’Europe en 2025, l'importance sous-estimée du coût de l'énergie sur notre décrochage, l'abandon du capital humain et les cryptomonnaies. L'Europe est prise en étau par Donald Trump et la concurrence chinoise à cause de son recul dans le PIB mondial, de sa faiblesse économique et de son sous investissement chronique dans presque tous les domaines. Les États-Unis nous bousculent en faisant de la croissance un enjeu de souveraineté. Leur accès à une énergie peu coûteuse est un des déterminants du développement de l'IA. La technologie ne suffit pas ! À titre d’exemple, le coût du gaz est cinq fois moins élevé aux États-Unis, ce qui rend leurs entreprises beaucoup plus compétitives et permet le lancement de plans de grande ampleur pour développer l'IA. Question stimulante : faire de la croissance a l'air si simple et sensé quand on regarde les États-Unis, pourquoi cela coince ? Je pense que c'est parce qu'il n'y a pas de consensus en Europe sur l'importance de l'investissement et de son accumulation ni sur la formation. Regardez les conclusions sévères de la Cour des comptes sur les récents dispositifs visant à accroître l'alternance et la formation professionnelle ! Or c'est une source de croissance soutenable, de cohésion sociale et d'augmentation des salaires largement documentée par les travaux économiques. Regardez aussi le dernier rapport PIAAC de l'OCDE sur la formation des adultes. Nous n'avons pas progressé en France en dix ans! C'est incompréhensible compte tenu de l'enjeu en terme de croissance soutenable et inclusive, de cohésion sociale et de progression des salaires. Quant à l'investissement privé hors construction, il a reculé de 12% depuis 2019 en zone euro alors qu'il a augmenté de près de 20% pendant la même période aux États-Unis. Le retard accumulé est un véritable handicap puisqu'il s'auto-nourrit. Sans objectifs à moyen terme avec une ambition sociale, la déconnexion de la France et de l'Union européenne va s'amplifier... alors que le vieillissement plombe les perspectives de développement. En 2025, nous anticipons une croissance pour la zone euro de seulement 0,6 %, contre 2,1 % pour les États-Unis et 4,7 % pour la Chine. Cette tendance doit être inversée en priorisant l’éducation, la formation, et une stratégie trans- nationale pour attirer les investisseurs et relancer l’économie sans renier notre préférence pour la transition énergétique. Aujourd’hui les Européens préfèrent investir aux États-Unis que chez eux ! A court terme, il faut aider les PME pénalisées par la hausse passée des prix de l'énergie qui les empêche d'investir. Pour découvrir tous les sujets abordés, c’est par ici : https://lnkd.in/dRXFpitR
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12mo

Sortir de l’ordre économique hérité de Bretton Woods, comme l’ont engagé les dirigeants américains, n’est pas un simple ajustement conjoncturel. C’est un tournant stratégique majeur et une reconfiguration profonde du système économique mondial. L’incertitude qui en découle n'est pas une instabilité passagère. C'est une rupture durable dans les anticipations des agents économiques. Cela implique pour les gouvernements : ▶️ De cesser d'établir des prévisions budgétaires sur la base d'hypothèses de normalité, de retour à la moyenne ou de chocs transitoires comme le fait la France. ▶️ D’améliorer la transparence et la clarté dans la communication des orientations budgétaires et monétaires, pour limiter les effets d’amplification des signaux flous sur les marchés. ▶️ Enfin, d’intégrer des « clauses de revoyure » systématiques dans les politiques publiques, pour introduire une flexibilité institutionnalisée. Cela implique également pour les entreprises : ▶️ D’adopter stratégies fondées sur l’optionalité, qui consiste à identifier des futurs possibles et à évaluer leurs positions stratégiques. ▶️ De conserver des marges de manœuvre plutôt que de s’engager trop vite. ▶️ De renforcer la résilience opérationnelle par l’accumulation de capital humain (maintien et développement des compétences) et l'investissement, pas seulement en innovation. Bonne nouvelle, l'incertitude très élevée ne provient pas de la géopolitique sur laquelle nous avons peu de prise mais du manque de visibilité des politiques économiques. L’indice d’« Economic Policy Uncertainty » a été multiplié par 7 depuis 2006, et a augmenté de 100% en 2024. C'est paradoxal mais réversible et les Européens comme la France ont la main sur une partie: transition énergétique, régionalisation des chaînes de valeur, nouvelles règles budgétaires, union bancaire... La simple « rétorsion » ne peut en aucun cas constituer une réponse à l'incertitude résultante de la conduite des politiques économiques en Europe. ➡️ Retrouvez ma tribune dans Les Echos cette semaine : https://lnkd.in/eNC7xd-y
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Il ne s’agit pas d’une mode mais d’un mouvement de fond. Dès 2018, dans une interview dans Le Temps, je soulignais que « rien n’indiquait que les tensions commerciales entre les États-Unis, la Chine et l’Europe puissent diminuer ». Sept ans plus tard, ce constat reste pertinent. Elles traduisent une recomposition profonde de l’économie mondiale entamée depuis la crise financière de 2008. ▶️ La guerre commerciale sino-américaine s’est désormais élargie aux questions de semi-conducteurs, d’intelligence artificielle et de sécurité des chaînes d’approvisionnement. ▶️ Face à cela, l’Europe continue de chercher sa place, confrontée à la fois à une dépendance énergétique accrue depuis la guerre en Ukraine et au retard en matière de champions technologiques. ▶️ Ces dynamiques ne relèvent pas de cycles conjoncturels mais de choix stratégiques et structurels qui façonnent déjà l’économie du XXIe siècle. 👉 Retrouvez cette interview intéressante à relire au regard de l’actualité d’aujourd’hui :
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Au quart du XXIe siècle, la croissance est devenue un jeu à somme partiellement nulle : les gains d’un bloc se font désormais au détriment d’un autre, par un effet de substitution plutôt que de diffusion. Cette nouvelle grammaire de la divergence se définit par trois réalités illustrées en 2025 : 1️⃣ La fin des moyennes mondiales informatives : les trajectoires de croissance et d’inflation divergent radicalement. En 2025, quand la zone euro rebondit à 1,5 %, les États-Unis ralentissent à 2,1 %. La croissance coréenne a décéléré à 1% quand celle du Japon a accéléré à 1.4%. Les croissances chinoise et suisse sont restées stables. Ce fractionnement se lit aussi dans les politiques monétaires : la Fed baisse ses taux comme la Banque centrale de Corée, la Banque du Japon les relève et la Banque centrale du Brésil s’apprête à le faire quand la BCE préfère le statu quo. 2️⃣ Le décrochage de la productivité globale : les écarts entre les États-Unis et l’Europe se creusent. L'affaiblissement des déterminants de la convergence est réel : la démographie casse la relation capital-travail et les échanges entre blocs croissent plus lentement que les échanges intra-blocs, freinant la diffusion de l'innovation. 3️⃣ L'IA comme instrument de puissance : l'IA aurait pu relancer la convergence, mais elle est devenue un levier de souveraineté. En modifiant de manière hétérogène le rendement du capital humain, elle accentue les écarts de trajectoire entre les pôles d'innovation et le reste du monde. Le risque n’est plus seulement un risque de cycle, mais aussi un risque de trajectoire relative. Le marché mondial homogène s’efface au profit de stratégies multifrontière. Découvrez ma chronique dans Les Échos
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Établir un scénario mondial pour 2026, ce n’est pas seulement aligner des chiffres : c’est décrypter la redéfinition brutale des règles du jeu mondial. Alors que l'incertitude est encore historiquement élevée, les hypothèses retenues avant de faire tourner les modèles de prévision revêtent une importance toute particulière. ▶️ C’est avec plaisir que je retrouve WanSquare, à l'invitation de Yoann Defrance, pour partager mon analyse des enjeux qui façonneront notre environnement économique en 2026 Cinq axes structurants se détachent : 🇪🇺 D’abord, l’Europe sera encore au défi de sa propre souveraineté : avec une croissance que nous anticipons à 0,8 %, la zone euro subit. Les facteurs conjoncturels s’ajoutent aux contraintes structurelles. Droits de douane, euro fort, concurrences chinoise et américaine renforcées sur le sol européen, taux longs réels et incertitude élevés s’additionnent à la faible productivité. Heureusement, la croissance allemande et des pays du Sud de la zone euro devraient bénéficier de leurs récentes orientations de politique économique. 🇺🇸 Ensuite la mutation du régime de la Fed : l’administration Trump pourrait impulser une « vassalisation » de la politique monétaire américaine pour accompagner ses ambitions budgétaires. Par ailleurs, le niveau persistant des taux longs pousserait la banque centrale américaine à intervenir plus directement sur le marché obligataire en 2026. Cette évolution accroît la volatilité des taux longs et du dollar, complexifiant la donne pour les investisseurs. 📌 L’IA continuera d’être une source d’investissement et de soutien du commerce mondial. L’IA ne se résume pas à un phénomène boursier. Elle constitue un instrument de souveraineté et bénéficie de soutiens publics. 🇨🇳 Sauvegarder notre tissu productif sera essentiel et, face à la pression déflationniste chinoise, le pragmatisme doit primer. À la question des mesures à prendre, je plaide pour des leviers activables rapidement, tels que des quotas temporaires sur les importations automobiles chinoises en échange d’ouverture de leur marché, un dispositif d'amortissement accéléré pour enclencher un choc de productivité financé par un emprunt de type SURE (Support to mitigate unemployment risks in an Energengy) et une plus grande lisibilité des politiques publiques (70% des chefs d’entreprises ont reporté leurs investissements en raison de l’instabilité des règles selon la BEI). 🇫🇷 Enfin, s’agissant de la France, c’est l'impératif de clarté qui doit primer : la restauration de nos finances publiques n'est pas une fin en soi mais le préalable indispensable pour réinvestir dans l'éducation et l'innovation. Sans stratégie économique lisible, l'incertitude continuera d'hypothéquer notre croissance potentielle. Il n’est pas raisonnable économiquement d’attendre 2027 pour prendre des mesures. 👉 Retrouvez l’intégralité de mon entretien ici : 🔗

L'année 2026 vue par... Mathilde Lemoine / Cheffe économiste du groupe Edmond de Rothschild

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La dépendance énergétique exacerbée et une gouvernance inadaptée à la reconfiguration économique mondiale placent l’Europe à un tournant critique en 2025, alors que l'économie américaine surperforme et le gouvernement chinois ne cesse d'investir. Je suis ravie de contribuer une nouvelle fois à la série de fin d’année de WanSquare, pilotée par Yoann Defrance, qui réunit économistes et chefs d’entreprises pour analyser les tendances sous-jacentes et délivrer leur vision pour l’avenir : https://lnkd.in/e5MfFRkN Une synthèse de mes réponses : - La crise énergétique continue de peser lourdement sur l’industrie européenne, avec une production toujours inférieure de 3 % à son niveau de 2021. Des secteurs comme l’automobile et l’électronique subissent de plein fouet cette perte de compétitivité, ayant déjà cédé 25 % de parts de marché face à la Chine. À cela s’ajoutent des tensions géopolitiques croissantes, qu'il s'agisse de la guerre en Ukraine, les crises au Moyen-Orient ou de l'impact d'une nouvelle administration Trump aux États-Unis, qui amplifient les incertitudes. En particulier, les droits de douane américains pourraient rediriger les exportations chinoises vers l'Europe, accentuant la concurrence pour des entreprises déjà fragilisées par des coûts énergétiques élevés. - Les divergences entre les politiques monétaires de la BCE et de la Réserve fédérale américaine se sont accentuées. La perte de crédibilité de la BCE va continuer de peser sur les ménages et les entreprises, tout en fragilisant l’euro sur la scène internationale. 2025 pourrait engendrer de l'inflation importée des États-Unis et une nouvelle perte de pouvoir d'achat pour les Européens. - La surperformance américaine constitue paradoxalement un risque potentiel pour la stabilité financière mondiale. - Les rapports Draghi, Noyer et Letta mettent en lumière l’érosion progressive de la compétitivité européenne. Mais ils sous-estiment les conséquences de la crise énergétique. Au-delà des réponses structurelles, il faut aussi répondre aux problèmes conjoncturels des entreprises en soutenant leur investissement par des amortissements accélérés. Défiance vis-à-vis des chefs d'entreprises; trop de confiance dans la planification; trop peu d'investissement dans l'innovation et le capital humain et un vieillissement de la population : autant de raisons qui aboutissent à un ralentissement de la croissance potentielle. - Nos prévisions pour 2025 restent peu encourageantes, avec une croissance prévue à seulement 0,6 % dans la zone euro. En revanche, la croissance chinoise devrait être soutenue par les politiques budgétaires et monétaires à 4,7%. La croissance américaine serait proche de son potentiel à 2%. La croissance mondiale devrait en conséquence continuer à ralentir. - Quant à la France, espérons que le budget sorte de la seule logique comptable et court-termiste pour donner des perspectives de développement économique.

L'année 2025 vue par... Mathilde Lemoine / Cheffe économiste du groupe Edmond de Rothschild

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« L’incertitude est devenue une donnée structurelle de l’économie mondiale ». C’était le cœur de mon intervention au Monte-Carlo Bay lors d’un débat avec Charles Caudrelier et cyril dardashti, skipper et directeur général de Gitana Team, organisé par Gerard Ohresser CEO Edmond de Rothschild Monaco. Les échanges furent passionnants car c’est le quotidien de l’immense marin qu’est Charles avec l’équipe Gitana que de gérer l’incertitude, au-delà du risque qui est probabilisable. À l’issue de cette conférence, La Gazette de Monaco m’a interviewée afin de développer les conséquences économiques et financières du niveau particulièrement élevé d’incertitude 👉 https://lnkd.in/ekKtd-MU ▶️ La hausse des droits de douane américains est récessive. Elle augmente les prix à l’importation et les coûts de production, comprime les marges, ralentit l’investissement et fragmente les chaînes de valeur. Une augmentation des droits de douane de 30% sur les importations américaines en provenance d’Europe engendrerait une chute des exportations européennes de 30% toutes choses égales par ailleurs et du PIB européen de 1,2 %. ▶️ Les fluctuations des changes et la hausse des taux souverains qui résulte de la hausse des droits de douane pèsent encore un peu plus sur l’investissement. Près de 50% des entreprises européennes considèrent que l’incertitude est un obstacle majeur à l’investissement et aux embauches contre 40% entre 2016 et 2022. ▶️ Mais des capitaux reviennent vers la zone euro, dopés notamment par le plan de relance allemand qui redonne des perspectives de croissance en Allemagne et donc en zone euro. Heureusement, la France n’est pas la zone euro ! En Chine, les soutiens à la consommation et à l’investissement pourraient aussi partiellement compenser l’effet récessif de l’augmentation des droits de douane américains. Toutefois, ces accroissements de dépenses publiques à travers le monde pour défendre les souverainetés ne seront pas suffisants pour éviter un ralentissement de la croissance mondiale d’ici 2026. Le choc américain est puissant. 💡Face à ces dynamiques inédites, nous avons adapté notre manière de modéliser : passer des scénarios linéaires aux modèles probabilistes multi scénarios, intégrer l’incertitude comme variable centrale, s’appuyer sur des arbres de décision. Le « retour à la moyenne » ne signifie plus grand-chose. Enfin à ceux qui craignent une “psychologisation” excessive des prévisions : l’imprévisibilité des comportements humains (comme ceux de Donald Trump par exemple !) relève de l’incertitude, non modélisable, mais la macroéconomie, elle, repose toujours sur des interdépendances robustes !
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Est-ce que l’augmentation des dépenses militaires est vraiment la seule réponse aux défis géopolitiques de l’Europe ? L’Union européenne fait face à deux menaces distinctes : la guerre en Ukraine et la pression économique des États-Unis. Les études économétriques montrent que la seule hausse des budgets militaires n’a qu’un impact limité sur la croissance, leur effet multiplicateur étant faible. La précédente guerre commerciale entre les Américains et les Japonais prévient d'un risque élevé de turbulences monétaires. Pour éviter de subir des tensions sur l'euro et des hausses des taux d'emprunt souverains insoutenables, les Etats membres doivent construire une réponse plus large, fondée sur l’investissement dans l’éducation, la transition énergétique et l’innovation technologique. L’exemple allemand le prouve : un plan économique global permet d’éviter la récession et de renforcer notre indépendance. Il a eu pour effet de remonter l'euro et les taux à long terme, non pas par pression américaine mais parce que les perspectives de croissance se redressent. C'est le seul moyen de retrouver des marges de manœuvre. Nous avons un levier financier puissant pour financer un plan "anti Accord du Plaza" : l’Europe possède 23% de la dette américaine détenue par des étrangers. Pourquoi continuer à financer les États-Unis alors que nous pourrions investir dans notre propre prospérité ? Il est urgent de ne pas considérer que la hausse des dépenses militaires est la principale réponse en : ✅ Déployant un plan d’investissement européen ambitieux pour soutenir la croissance et l’indépendance technologique ✅ Redirigeant une partie des fonds investis dans la dette américaine vers des obligations européennes ✅ Mettant en place des mesures de soutien aux entreprises et aux marchés immobiliers pour accompagner la hausse des taux d’intérêt et de l'euro "constructive" Les dépenses militaires ne vont pas suffire à garantir la souveraineté de l'Europe. C'est par la croissance qu'elle retrouvera son indépendance technologique et monétaire. Retrouvez mon analyse dans Les Echos cette semaine.
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La « japonisation » de l’Europe n’est pas une fatalité, mais une conséquence de choix économiques et des évolutions démographiques. Découvrez mon interview dans Les Echos après l’élection de Donald Trump : https://lnkd.in/eJQjTJ2w   Pendant que les États-Unis et la Chine investissent massivement, la zone euro a vu ses investissements reculer de 4% depuis 2019 ! Amortissements accélérés de 100%, soutiens des investissements intangibles, le Tax Cuts and Jobs Act a engendré une augmentation du stock de capital de 7%. Avec l’indépendance énergétique, c’est un modèle de développement économique totalement orthogonal avec celui de l’Europe. Le PIB potentiel américain a cru de près de 30% depuis 2010.   Les Européens se sont-ils trompés comme le demandent Guillaume de Calignon et Richard Hiault qui m’ont interviewée ? Je pense que la politique économique du Vieux Continent est adaptée à la japonisation de l’Europe. L’électeur médian vieillit. On le voit très bien dans la gestion du budget de l’État français aujourd’hui. Le Gouvernement et les députés préfèrent indexer les retraites sur l’inflation plutôt que d’investir. Tout le monde semble se dire que si nous avons moins de croissance, ce n’est pas si grave parce que nous aurons moins d’habitants dans le futur donc le PIB par habitant progressera quand même un peu.    Le problème est que l’Europe aura de plus en plus de mal à défendre ses valeurs entre les deux blocs qui s’affrontent, les États-Unis et la Chine, si elle n’a pas un minimum de puissance économique : Soit les Européens veulent continuer la transition écologique, mais cela exige d’énormes investissements dans les innovations vertes et un rajeunissement des systèmes de production sans quoi ils seront dépendants de la Chine et des États-Unis. Soit les Européens abandonnent l’idée d’être puissants sur le plan économique et deviennent le Japon. C’est un choix politique. Mais il n’y a pas de consensus européen sur cette question.   Avec la mise en œuvre du Mécanisme d’Ajustement Carbone aux frontières en janvier 2026, nous allons avoir un aperçu de l’état des rapports de force entre les Européens et le reste du monde. Il va être difficile de faire comprendre à l’administration Trump que c’est pour la bonne cause et aux pays émergents que ce n’est pas du protectionnisme.
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Mathilde Lemoine (PhD)

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​Les hypothèses d’une croissance mondiale dynamique en 2026 repose sur un pilier central : l'accélération des investissements de souveraineté. Qu'ils soient énergétiques, technologiques ou militaires, ces cycles sont par nature intensifs en capital. Or un point de tension majeur apparaît : le niveau élevé des taux d’intérêt réels à long terme. L'équation macro-financière de 2026 se définit par trois réalités qui paraissent irréconciliables : 1️⃣ Ce sont précisément les bouleversements géopolitiques qui rendent ces investissements nécessaires qui maintiennent les taux d’emprunt à un niveau élevé. La souveraineté impose aujourd'hui une réécriture complète de l’arbitrage entre efficacité, résilience et coût du capital dans de nombreux secteurs. 2️⃣ La hausse des taux longs ne traduit pas une anticipation de surchauffe économique. Elle reflète une revalorisation du risque macro-financier global. Le coût du temps et l'incertitude s’est réinstallé : en France, le taux réel à 10 ans atteint 2,5 %, soit cinq fois sa moyenne de la période 2010-2019. 3️⃣ L’épreuve du refinancement : la mobilisation des ressources financières sera plus complexe et, surtout, beaucoup plus discriminante en 2026. La variable d’ajustement véritable sera bien la crédibilité. Le financement ne sera plus seulement une question de niveau de déficit mais de trajectoire. La soutenabilité des stratégies publiques et privées dépendra de leur capacité à transformer ces investissements massifs en gains de productivité réels. Sans ce sursaut de productivité, le coût du capital risquera de peser durablement sur l’activité, agissant comme un frein structurel complémentaire aux tensions commerciales. En attendant, la capacité des banques centrales à influencer les taux longs redevient centrale, ce qui renforce l'instabilité des marchés obligataires. Découvrez ma dernière chronique dans Les Echos : https://lnkd.in/eDwsEgH5
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Mathilde Lemoine (PhD)

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La théorie économique et les études empiriques ne permettent pas de conclure que la journée de solidarité va « créer de la richesse », comme l'a récemment déclaré le ministre de l'Economie. C’est même une fausse bonne idée pour la croissance, comme je l’explique dans ma dernière chronique dans Les Echos.   Pourquoi ? Parce qu’elle agit comme une taxation à 100 % du salaire de 7 heures de travail supplémentaires, modifiant les arbitrages des individus entre travail et loisir. Une telle mesure risque de réduire l'offre de travail agrégée plutôt que de l’augmenter.   En effet, les travailleurs pourraient réagir à la baisse du salaire horaire par une diminution de la quantité de travail qu’ils fournissent. Même si la durée du travail est légale, ils peuvent ajuster leur quantité de travail en : - réduisant les heures supplémentaires, - partant plus tôt à la retraite, - diminuant leur taux d’activité La taxation à 100% de 7 heures de travail supplémentaire pourrait donc exacerber l'une des faiblesses structurelles de l'économie française : une insuffisante quantité de travail, aggravée par une démographie peu dynamique.   Au lieu de renforcer l’attractivité et la productivité du marché du travail, une telle initiative risque donc de peser sur notre potentiel de croissance, tout comme l’augmentation annoncée des droits de mutation, qui freine la mobilité géographique et aggrave le chômage d'inadéquation.   Créer de la richesse dans une économie avancée ne passe pas par l’augmentation mécanique du nombre d’heures travaillées, mais par leur efficacité. Il s’agit avant tout d’investir dans le capital humain et technologique, des domaines où les retards sont bien identifiés.
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Mathilde Lemoine (PhD)

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La souveraineté est au cœur des politiques économiques actuelles. Mais elle n’a plus le sens qu’on lui prêtait autrefois : elle est devenue un vecteur d’investissement global et une nouvelle source de croissance. Elle n’est plus synonyme d’isolement mais de maîtrise sélective des dépendances : c’est ce que j’appelle la souveraineté des « vulnérabilités utiles ». Je m’explique dans ma dernière chronique dans Les Echos. Cette nouvelle forme de souveraineté a déjà des effets visibles sur l’économie mondiale : 1️⃣ De nouveaux pôles d’intégration émergent. La volonté de réduire la dépendance entre les États-Unis et la Chine favorise la montée des corridors « neutres » et des échanges Sud–Sud. 2️⃣ Des investissements massifs se déploient. Nous avons procédé à un recensement non exhaustif des programmes hors militaires visant à renforcer la souveraineté alimentaire, énergétique, industrielle et numérique. Selon nos calculs, ils représentent en cumulé 5,3 % du PIB mondial, soit environ 6 000 milliards de dollars. Bien évidemment sur plusieurs années et il faut être prudent car nos calculs ont été réalisés à partir de sources gouvernementales. Mais c’est massif! 3️⃣ De nouvelles alliances économiques se forment. Les États-Unis coopèrent avec le Japon et les Pays-Bas sur les technologies avancées, tandis que la Chine accélère son effort d’innovation pour recréer autour d’elle des dépendances stratégiques. Cette reconfiguration des interdépendances marque une nouvelle étape de la mondialisation : moins fondée sur la libre circulation que sur la sélection des dépendances utiles. Elle ouvre un cycle d’investissement inédit, où la souveraineté devient un moteur de croissance à court terme compensant partiellement les effets négatifs du renforcement du protectionnisme.
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Mathilde Lemoine (PhD)

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La nouvelle phase de la guerre commerciale menée par les Américains pourrait avoir un effet négatif et déstabilisant plus important que celui qui est aujourd'hui estimé. La seule utilisation de la menace d’un relèvement des droits de douane comme enjeu de négociation (sans même connaître leur montant !) : ▶️ accélère la fragmentation du commerce mondial ▶️ accroît les différences de croissance entre les gagnants et les perdants de la hausse des droits de douane  ▶️ va renforcer les tensions entre l'Union européenne et la Chine L'investissement va en pâtir, comme la croissance alors même que les hausses de droits de douane ne sont pas mises en œuvre. A quelques jours de l’investiture de Donald Trump aux Etats-Unis, je vous invite à lire mon analyse dans ma chronique dans Les Echos : https://lnkd.in/eUHGEKgm Les États-Unis continuent de redessiner les flux commerciaux à leur avantage, les pays d’Asie du Sud-Est, la Pologne, la Hongrie ou encore le Mexique en tirent profit, la Chine les réoriente vers l’Union européenne. Résultat ? Une fragmentation internationale de plus en plus marquée, qui freine la diffusion des innovations et pèse sur la productivité mondiale, particulièrement dans les pays émergents. Les mesures protectionnistes américaines, combinées aux rétorsions potentielles de la Chine, comme la limitation des exportations de terres rares, risquent d’intensifier la pression sur les chaînes de valeur mondiales et accroître les coûts de production. Les perspectives de croissance pour 2025 et 2026 sous estiment l'impact négatif de la seule menace des hausses de droits de douane sur la production industrielle, au delà de ses conséquences dépressives sur la demande anticipées par les modèles économétriques. Cette nouvelle phase de guerre commerciale pourrait conduire les entreprises à réviser à la baisse leurs anticipations de bénéfices
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Mathilde Lemoine (PhD)

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Riposter aux droits de douane américains ne suffit pas. La question centrale n'est pas tant celle du choix des outils que celle du rapport de force. Contrairement à la Chine, l'Union européenne n'est pas une puissance industrielle. Elle n'est pas en mesure d'adapter ses chaînes de production, ni de soutenir rapidement sa demande intérieure tout en se repositionnant sur de nouveaux marchés. Sa position structurellement défensive affaiblit sa capacité de négociation. L'incertitude stratégique qui en résulte freine l’investissement, pèse sur la consommation et diminue encore un peu sa crédibilité de rétorsion. En attendant de pouvoir redonner un rôle stratégique à son marché intérieur, les pays de l'Union doivent s'entendre pour nouer des alliances commerciales donnant de la visibilité aux entreprises. La théorie économique établit un lien de causalité entre puissance économique et influence internationale. ➡️ Retrouvez ma chronique cette semaine dans Les Echos sur le rapport de force entre l’Union européenne et les États-Unis.
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Mathilde Lemoine (PhD)

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🌍 From globalization to power rivalries: why the global economy is being restructured In my recent presentations to international executive committees, I have insisted on a point that forecasting models failed to capture: the unexpected global power shifts. Unlike innovation, AI, or demographic aging, trends that could be integrated into forecast models, the U.S./China rivalry is reshaping the world economy. This transition generates uncertainty, which is not quantifiable like traditional risk. We are moving from an open global trading system toward a world defined by sovereignty-based economic models. 👉 My analysis highlights three major consequences: 1️⃣ Global power shifts. The U.S. has regained economic momentum through tax cuts, fiscal stimulus, and massive investment in innovation. Structural GDP growth has risen by more than 35% since 2010 and 13% since 2019, outpacing current GDP growth. This reflects stronger productivity, higher wages and more robust consumption. At the same time, China has upgraded its technological capabilities and built an Asian growth pole, notably through Made in China 2025. Economic power is once again a direct source of political power. These dynamics, absent from traditional models, have also triggered rising public and private investment, consumption subsidies, and industrial policies with direct implications for corporate strategies. 2️⃣ The restructuring of trade flows. The “China+1” strategy reduces U.S. reliance on Chinese imports while increasing trade with other Asian countries and Mexico. Europe risks structural decoupling: higher energy costs, lagging investment, and rising imports of Chinese overcapacity in EVs, batteries, and solar panels. Reciprocal tariffs and rules of origin force companies to rethink global supply chains. 3️⃣ The deeper U.S. strategy for 2025. Beyond tariffs, the U.S. seeks to reclaim industrial leadership from China, prioritizing production over short-term consumption. Higher tariffs drive inflation, constrain spending, and alter capital flows. Economic policy uncertainty has quadrupled since 2001, reinforcing unpredictability in global markets. If the U.S. succeeds in reducing its external deficit through rising U.S. household demand for Treasuries, global effective demand could be revised downward. 🎯 What does this mean for global companies? ▶️ U.S. households may no longer be the sole anchor of global demand. ▶️ Asian regionalism will continue to drive structural growth. ▶️ Europe risks stagnant GDP growth and widening inequalities unless it addresses competitiveness gaps. ▶️ Emerging economies will define new models of consumption for their populations and, in doing so, the geography of global demand. My role as an economist is to equip leaders with analytical tools to navigate this changing landscape, where power rivalries rewrite the rules in real time.
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Mathilde Lemoine (PhD)

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"Le capital n'est plus neutre : il est devenu un actif géopolitique." Dans un système de rivalités de puissance, l'allocation de l'épargne détermine la souveraineté autant que les traités commerciaux. Investir plus vite, choisir ses dépendances, transformer le capital en pouvoir économique : c'est le nouveau triangle risque-rendement. Ce sera le cœur de mon speech devant les professionnels de la finance à l'initiative de l' AEFR - Association Europe - Finances - Régulations et à l'invitation de Pervenche Berès. Hâte d'échanger avec les professionnels de la finance et avec les régulateurs pour connaître les évolutions permettant à la finance de devenir un architecte de puissance européenne. À mardi !
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Mathilde Lemoine (PhD)

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L'Union européenne n’a pas encore pris les mesures limitant la casse sociale. Les droits de douane ont un impact de reconfiguration sectorielle et les dernières statistiques montrent que l’IA a un impact positif sur la productivité, à condition que les salariés soient formés. Dans ma dernière chronique dans Les Echos, je reviens sur ces signaux empiriques que l’Europe ne peut pas ignorer. Les Etats-membres doivent gérer cette phase transitoire où ils ont perdu la main même s’ils prennent des mesures renforçant leur souveraineté. 👉 https://lnkd.in/ew-96r8s 📉 Les flux se réorganisent rapidement. Les statistiques bilatérales montrent déjà un recul des exportations européennes vers les États-Unis dans les secteurs directement frappés par les hausses tarifaires. Nos estimations confirment une élasticité de -0.9, très proche des évaluations empiriques antérieures. Dans le même temps, les importations européennes depuis la Chine progressent plus vite que l’ensemble des importations, confirmant les ajustements attendus de la demande. 🌐 L’intelligence artificielle transforme déjà la productivité du travail. Les secteurs américains ayant massivement investi dans l’IA affichent une productivité du travail en hausse, à 2% contre 1.5% avant la pandémie. Cet effet pourrait conduire à une révision de la croissance potentielle, sous réserve que la formation permette une diffusion large de ces technologies. 🇪🇺 Pour l’Europe, l’enjeu est immédiat. Les politiques de souveraineté et industrielles lancées récemment ne peuvent s’y substituer. Les changements de politiques américaine et chinoise produisent des effets sectoriels et sociaux visibles. Elles appellent une réponse coordonnée de l’Europe avec la mise en place urgente de fonds de cohésion spécifiques, un plan massif de formation en parallèle du plan de déploiement de l’IA de la Commission, des négociations avec la Chine sur des quotas sectoriels et une accélération de la décarbonation pour réduire notre dépendance énergétique. L’Europe doit gérer la réalité immédiate tout en façonnant l’après. C’est en s’appuyant sur ces fondamentaux qu’elle évitera un nouveau décrochage économique !
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Mathilde Lemoine (PhD)

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2026 will not be about growth forecasts. It will be about constraints. I don’t often share videos. I usually rely on written analysis. But this interview was an opportunity to step back and articulate, in a more direct way, the key forces shaping the 2026 macroeconomic landscape. We discuss: ▶️ Why global growth could slow down ▶️ How sovereign debt, real long-term rates, and investment are becoming incompatible... ▶️ And why the world is reorganizing into blocs and corridors as expected Beyond short-term market narratives, the discussion focuses on constraints: what governments can realistically finance, what investors can reasonably expect, and where economic vulnerabilities are becoming binding rather than theoritical. For those interested in forward-looking, macro-driven reading of 2026, beyond headlines and market noise. The video is below 👇
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Mathilde Lemoine (PhD)

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Warm congrats to Sébastien Jean, who initiated Paris Geoeconomic Dialogue. I was honored to contribute alongside policy makers, academics and practitioners to this second edition. What makes this forum valuable is not consensus; it is the ability to confront frameworks, test assumptions and refine how we read the ongoing transformation of the global economy. We are clearly moving into a different regime. Global power dynamics are shifting, economic rules are being rewritten, and interdependence is no longer neutral. In my intervention, now published in the IFRI volume, I argue that what we are seeing is not fragmentation, but a selective reorganization of interdependence, structured around what I define as “chosen vulnerabilities”. I explain why industrial policy has become inseparable from geopolitical competition. Industrial policy is a tool of power rather than tool of competitiveness, which has direct implications for firms. As industrial policy becomes more state-driven and more selective, companies should be confronted with increasingly differentiated strategic environments. Beyond this framework, I appreciated discussing about the rules of origin emphasis by the Trump administration. This is not a technical issue. It has potential to reshape trade flows that had gradually been reallocated across Asia. This matters for global growth but also for corporate strategies, because it affects supply chain design and investment location decisions. Second, the role of Regional Comprehensive Economic Partnership (an Asian free trade agreement) deserves much attention, especially in Europe. It is the first time in history that China and Japan are part of the same trade agreement. This is not marginal. It is structuring Asia as an integrated economic space, with implications that go far beyond tariff reductions. It shapes industrial strategies, regional value chains and long-term growth dynamics. It is also a tool that facilitates and accelerates China's strategy to increase Asian countries' dependence on its technology. Third, we are seeing the emergence of more complex and sometimes controversial forms of cooperation. The growing presence of China in Iran is one example. In the current geopolitical context, this raises critical questions about how such partnerships will evolve. These developments illustrate that cooperation is not disappearing, but it is becoming less in favor of development and more politically charged. 👇 For those interested, read the IFRI publication. In such period, the clarity comes from pushing the analysis further.
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